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Devenir pleinement soi-même | Laurent Gounelle | TEDxMarseille

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Traducteur: eric vautier
Relecteur: Morgane Quilfen Bonjour. Je vous dis bonjour mais en fait,
je ne sais pas qui vous êtes. D’ailleurs je meurs d’envie de vous
le demander à chacun d’entre vous, mais vous êtes 900,
alors ça prendrait un peu de temps. Vous ne seriez peut-être pas à l’aise de dire qui vous êtes
devant 900 personnes. Mais bon, imaginez, imaginons, que je sois seul avec chacun d’entre vous. Tranquille, on va dire,
on est en tête à tête, peut-être, je ne sais pas,
dans un restaurant au bord de l’eau, un peu plus loin, et je vous pose la question :
« Qui êtes-vous ? » Franchement, qu’est-ce que vous pourriez me répondre ? Vous allez peut-être me donner votre nom. « Je suis Jean Dupont ou Isabelle Durant. »
OK. Vos parents auraient pu choisir
un autre prénom ou vous transmettre un autre nom, auriez-vous été un autre pour autant ? Vous pouvez vous définir
aussi par votre profession : « Je suis commercial, comptable,
secrétaire, ingénieur.

» OK. Vous auriez pu choisir
un autre métier, n’est-ce pas ? Seriez-vous quelqu’un
d’autre pour autant ? Vous pouvez vous définir
par une qualité peut-être : « Je suis quelqu’un de gentil, de créatif, de fort. » Oui, et peut-être que votre voisin
a exactement les mêmes qualités, tout en étant une autre personne,
n’est-ce pas ? Vous ne pourriez même pas
vous définir par vos gènes, parce que si vous aviez un frère jumeau
ou une sœur jumelle, eh bien, il aurait exactement le même
patrimoine génétique que vous, tout en étant une autre personne.

Alors, qui êtes-vous ? Moi quand j’avais 23 ans, je me suis retrouvé, mon bac +5 en poche, propulsé au sein de la direction
financière d’une grande entreprise. Je me souviens que mes homologues
étaient très très fiers de ce type de poste valorisant –
moi, il m’a suffi de quelques semaines pour réaliser je m’étais fourvoyé
dans une voie qui n’était pas la mienne. Pourquoi je vous dis ça ? Parce que,
quand les journalistes m’interrogent, ils veulent entendre l’auteur à succès, m’entendre parler
de mes succès littéraires. Mais la vérité, tout à fait entre nous –
ça ne va pas sortir d’ici – c’est que j’ai connu dans ma vie
beaucoup plus d’échecs et même d’humiliations, que de succès. Et ce que personne ne sait, c’est que ce sont ces échecs
et ces humiliations qui, paradoxalement, m’ont sauvé la vie.

En fait, ils m’ont aidé
à savoir qui je suis, et de là, tout a découlé pour moi. Quand j’avais 23 ans, je vous disais, j’ai réalisé subitement
que je m’étais fourvoyé dans une voie qui n’était pas la mienne, et, partant de là, je suis en effet allé d’échec
en échec, de poste en poste. J’ai erré pendant des années
jusqu’à finir par me faire licencier – quand on n’aime pas ce qu’on fait,
on n’est pas très bon. Je me suis retrouvé au chômage. J’avais tellement honte
que je l’ai caché à tous mes amis, je l’ai même caché à ma famille, et je suis resté deux ans au chômage. Je ne savais plus quoi faire de ma vie, j’ai fait une dépression, j’ai perdu 10 kg.

Mon métier m’avait échappé et mon corps semblait m’échapper aussi. Il faut dire que la nature
m’a donné ce corps trop grand, trop étroit, un corps dont je tentais
de dissimuler la maigreur, autrefois dans des vêtements amples. Alors par chance, c’était les années 80, rappelez-vous, c’était la mode des vestes larges
avec des épaulettes ultra-rembourrées, j’ai adoré cette mode, j’ai prié pour qu’elle dure,
(Rires) et ça n’a pas été le cas. Alors, je me suis inscrit
dans une salle de musculation, bien décidé à développer 3 cm
de deltoïde sur chaque épaule. Et pendant plusieurs mois,
j’étais sur des engins de torture. Et je regardais personne,
j’étais vraiment dans ma bulle, je ne voulais croiser aucun regard,
j’étais toujours pétri de honte. Vous vous demandez peut-être
pourquoi je vous raconte ça, là. (Rires) Parce que, en fait, c’est difficile pour beaucoup d’entre nous
de savoir qui on est. Et voyez-vous, moins on sait qui on est et plus on a envie d’exister.

Alors, on s’accroche à tout ce qui peut
nous valoriser : les images, les apparences, les rôles. Par exemple, on peut s’accrocher
à son rôle professionnel et tenter de s’identifier à son métier,
d’exister à travers son métier. Aujourd’hui, je suis écrivain, je pourrais essayer d’exister
à travers ce métier d’écrivain, mais je jouerais un rôle d’écrivain,
je me mettrais à parler comme un écrivain, adopter des attitudes d’écrivain,
un look d’écrivain, même si je sais pas trop
à quoi ça correspond.

Le problème, c’est que si j’allais
dans cette direction… Plus je ferais ça, plus je m’enfermerais
dans une représentation de moi-même qui m’éloignerait de qui je suis, parce que qui je suis va bien au-delà
de mon simple métier d’écrivain. Qui vous êtes va bien au-delà de votre métier. On peut s’identifier aussi,
on peut s’accrocher à son apparence physique. Ça, ça arrive fréquemment aux femmes et
aux hommes dotés d’un physique avantageux, qui peuvent à ce moment-là chercher
à exister à travers leur beauté, d’accord, et à ce moment-là, en fait,
c’est lié à un sentiment que leur valeur repose sur leur beauté,
alors qu’elle n’est qu’un attribut.

C’est pas conscient – d’ailleurs, il y a un moyen
de savoir si c’est le cas pour vous : vous vous sentez amoindri en présence d’une personne
plus belle que vous ou si on vante la beauté
de quelqu’un d’autre. Alors que… Un peu comme si vous aviez le sentiment
que cette personne existe plus que vous. Mais c’est complètement inconscient. La vérité est que votre valeur
va bien au-delà de votre beauté. On peut s’identifier aussi
à son intelligence, sa culture, ses idées, et tenter d’exister à travers ses propos, et à ce moment-là, on se sent plutôt
amoindri lorsque quelqu’un vous contredit.

Vous dites quelque chose, et à ce moment-là, vous vous sentez
attaqué personnellement, alors que la personne, en fait, a juste
exprimé un désaccord sur vos idées. On peut aussi s’accrocher
à ses possessions et croire que notre valeur découle
de ce que nous avons, des choses que nous avons : notre voiture, notre maison, un téléphone portable, un sac à main, et là, on se sent amoindri
en présence d’une personne qui a une plus belle voiture, une plus belle maison, un plus beau sac, un plus beau téléphone.

Le problème, en fait, si vous voulez, par rapport à toutes ces fausses
représentations de soi-même, c’est qu’elles nous éloignent
de qui on est, elles nous éloignent de qui on est,
et donc, d’une certaine façon, on risque de se perdre
à travers ces fausses représentations. Moi, quand j’étais en dépression,
j’avais perdu, mais naturellement, par la force des choses,
toutes ces représentations, et je le vivais comme le problème.

Je ne pouvais me raccrocher à rien
puisque tout se dérobait sous mes pieds. Et il s’est passé un phénomène étonnant : quand je me suis retrouvé nu,
j’ai envie de dire, sans plus rien de valorisant
à quoi me raccrocher, j’avais plus d’existence professionnelle, j’étais gaulé comme un haricot vert, je possédais rien, même pas une voiture, et néanmoins, j’ai réalisé
que j’existais toujours. C’est bizarre de le dire, mais… j’avais plus rien,
mais j’existais toujours, ça m’a fait un drôle de sentiment. Je me suis à regarder autour de moi, et au club de musculation, je me suis rendu compte
que les membres du club se répartissaient en deux catégories. En fait, il y avait les maigrichons
honteux, comme moi, et puis il y avait les musclés. Et là, j’ai découvert que la salle
était constellée de miroirs.

Je la fréquentais depuis plusieurs mois,
mais j’étais dans ma bulle. Elle était constellée de miroirs,
et les musclés faisaient leurs exercices en s’admirant devant le miroir. En fait, c’était pire que ça, ils étaient en admiration
devant leur corps, ils étaient amoureux de leur propre corps. On frôlait l’auto-érotisme. (Rires) Cette vision m’a totalement libéré. En fait… (Rires) En fait, j’ai réalisé, ce jour-là, que leur narcissisme et ma honte étaient les deux faces
d’une même pièce, en fait, les deux faces d’une même croyance que notre valeur se mesure
à l’aune de notre apparence. Ce jour-là, j’ai viré mes vestes larges. Lorsque je me suis retrouvé nu comme ça, sans plus rien de valorisant
auquel me raccrocher, eh bien, il a des choses qui ont émergé en moi. Je me suis mis à ressentir des envies de ce que j’avais envie
de faire dans la vie. Non plus des choses valorisantes, des choses que mon cœur
me poussait à suivre, comme par exemple le métier de formateur, un métier que j’ai exercé ensuite
pendant une dizaine d’années.

Ça peut vous faire sourire, mais dans ma famille
d’intellectuels scientifiques, formateur, c’était un petit métier, vraiment. Je me souviens, comme si c’était hier, du jour où j’ai décidé
de devenir formateur et où je renonçais à être reconnu,
notamment de mes parents. Et c’était coûteux pour moi. C’était coûteux, mais je l’acceptais pleinement,
je l’acceptais sereinement. Et en renonçant à la reconnaissance, en fait, j’ai obtenu l’épanouissement. Sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes, je vous emmène
sur les chemins de la sagesse. Sur le fronton du temple d’Apollon
à Delphes, il y avait deux préceptes. Il y en a un que tout le monde connaît.

Il est célèbre ! C’est le fameux
« Connais-toi toi-même », qui a été repris par Socrate. Il y en a un deuxième
que le monde entier semble avoir oublié. Celui-là, c’est « Rien de trop ». Rien de trop. Il y a 2 500 ans, les sages de la Grèce antique nous invitaient à nous connaître, et ne pas se prendre pour ce que l’on n’est pas.

A partir de là, tout a été
simple dans ma vie. A partir du moment où j’ai cessé
de jouer un rôle, de chercher à me valoriser, les portes se sont ouvertes
comme par magie. Et les clients sont venus à moi,
les contrats me sont tombés du ciel, et lorsque, 10 ou 12 ans plus tard, j’ai senti
monter en moi l’appel de l’écriture, j’ai trouvé un éditeur en quinze jours. Ce qui peut vous arriver de plus beau, de plus précieux,
dans la vie, c’est de réaliser que vous êtes
autre chose que de fausses identités, et renoncer à vous valoriser
à travers elles. Alors, vous ressentez peut-être
à cette idée une espèce de… vertige, de peur du vide. Vous vous dites peut-être :
« OK, d’accord, mais… si je… cesse de soigner mon image,
de mettre en avant mon métier, mes qualités, mes possessions,
mes relations, tout ce qui me valorise, qu’est-ce qu’il reste ? » Vous vous dites peut-être aussi :
« Finalement, je serai ignoré, peut-être même méprisé.
On ne me remarquera plus.

» En fait, voyez-vous,
la vérité est à l’opposé. Parce que vous existerez enfin
pour ce que vous êtes réellement. Et ce que vous êtes réellement
est infiniment plus grand, plus beau, plus profond, que tout ce à quoi vous avez pu
vous accrocher jusque-là. En fait, votre simple présence est d’une grande valeur et n’a pas besoin d’être enjolivée
d’une façon ou d’une autre.

La société de consommation
veut faire croire qu’il vous manque quelque chose, mais… la vérité est que non. Vous êtes complet. Et en lâchant prise
sur ces fausses identités, vous allez ressentir ce que j’ai ressenti, des choses vont émerger, ce que vous voulez faire de votre vie, et cette fois-ci, ce sera non plus
des désirs inculqués par la publicité, mais des envies véritables, de ce que vous voulez faire de votre vie, et des choses qui viendront
du plus profond de vous-même. Vous vous dites peut-être aussi : « OK, très bien, mais comment je fais pour me libérer
de ces fausses identités ? » qui peuvent vous rassurer quelque part. Pour moi, je vous en ai parlé,
c’est parti de certains échecs cuisants. Vous n’êtes pas obligé d’en passer par là. En fait, bon après,
j’ai eu tout un travail sur moi, des voyages, des rencontres, avec des psys, des sages,
des philosophes, même des shamans, mais aujourd’hui avec le recul,
finalement, ce que j’en retire, c’est qu’il n’y a pas un seul chemin
vers la découverte de soi-même.

Passer de la peur de ne pas être reconnu, de ne pas exister, à la confiance en soi,
à la confiance dans la vie. Cette confiance, on la trouve quand on apprend
à s’aimer véritablement, quand on apprend à aimer
ce que l’on est quand on est nu. A ce moment-là, on n’a pas plus besoin de revêtir une image
ou d’endosser un rôle. Cette confiance, on la trouve aussi quand on apprend à accepter l’échec. C’est pas dans notre culture. En Occident, on a tendance à vouloir réussir tout à tout prix.
Mais en fait, vous voyez, quand on accepte ses failles,
ses faiblesses, ses fragilités, eh bien, petit à petit, ça nous aide
à trouver le bon endroit pour nous, à trouver notre place. L’échec, en fait, permet
d’expérimenter la vie, alors que la réussite vous pousse
à vous identifier au succès et donc à vous perdre.

La confiance en la vie,
quant à elle, on la trouve en s’exerçant à la gratitude,
en cultivant un ressenti de gratitude. Dans notre pays,
on a plutôt tendance à râler contre les événements, à être déçu de ce qui ne va pas
dans notre vie, mais si vous prenez l’habitude
de mettre votre attention sur ce qui vous arrive de bien, il vous arrive forcément des choses bien, même si c’est quelques
instants chaque jour – donc malgré les difficultés,
malgré vos problèmes, si vous mettez votre attention
sur ce qui vous arrive de bien, eh bien, vous allez développer, vous allez ouvrir votre esprit
à ce qui vient, vous allez ouvrir votre cœur
à ce que la vie va vous offrir.

Si vous remerciez la vie pour cela,
vous ressentirez cet état de gratitude. En s’exerçant à la gratitude,
on passe du statut de déçu à celui de béni. Et une fois que
cette confiance est atteinte, eh bien, on devient libre. Libre du regard des autres, libre d’agir en son âme et conscience et il se passe alors
un phénomène assez étonnant, c’est qu’on s’intéresse
moins à sa personne. En fait, c’est juste qu’on s’est connecté
à quelque chose de plus grand que soi. Alors, j’ai juste envie de vous dire : allez à la rencontre
de votre propre chemin, allez dans cette direction, parce que c’est à ce moment-là
que la vie prend son véritable sens. Bonne route, mes amis. (Applaudissements).

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